Là où les années ne tournent pas les pages
Maddalena Pelù
2021
Dans cette exposition dont le titre reprend un vers d'Agnolo Politien, l'artiste belge Audrey Guttman présente des œuvres inspirées par le rôle et la position d'Il Salviatino au-dessus de Florence, mêlant la perspective du palais à la sienne pour réinterpréter les symboles et les clichés de la capitale florentine. L'artiste nous donne accès à un espace-temps nouveau, affranchi des contraintes ordinaires du « présent, passé, futur » et de l'« ici et là », et nous amène à envisager une autre lecture possible, suspendue, onirique : là où les années ne tournent pas les pages.
Le titre donne son nom au projet, non seulement en référence au rituel quotidien par lequel l'artiste tourne les pages pour choisir les images qui affleurent, mais aussi à la relecture de l'imagerie et de l'histoire politique florentines. Dans ses fameuses Stanze, Politien décrivait le royaume de Vénus en vers diaphanes, qui inspirèrent à Sandro Botticelli sa célèbre figure de la déesse. Audrey Guttman s'attaque aux fêlures de la représentation traditionnelle du féminin, et de la ville comme son avatar, en donnant vie à un royaume nouveau où tout est libre, renversé, échangé, et rendu malicieusement métaphorique. Par la superposition et la découpe de fragments, elle ouvre une perspective neuve sur l'héritage artistique et politique de la capitale de la Renaissance, et opère une métamorphose du regard à l'aide de cartes postales et d'autres objets dits « touristiques ».
Les collages de l'artiste mettent en lumière l'iconographie de l'une des villes les plus attirantes du monde, en dupliquant et en manipulant les images des tableaux majeurs de son musée par excellence, les Offices. Nourrie des récits du classicisme florentin, de la gloire culturelle des Médicis et de la profondeur presque impalpable de l'histoire de la ville, Audrey Guttman éprouve le besoin de tailler dans cet héritage pour trouver un rapport plus personnel à sa beauté tant consommée.
Maddalena Pelù